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Muzion a été parmi les tout premiers groupes de rap québécois à faire résonner une parole locale distinctive. Il le faisait dans un français mâtiné d’anglais et de créole haïtien, multipliant les registres et faisant des emprunts à encore d’autres langues. Cet article se penche sur les chansons du premier album du groupe, Mentalité moune morne, à partir de son hétérolinguisme et des questions d’appartenance que celui-ci soulève. Il examine la manière dont Muzion entrelace les langues, mais aussi les interpellations, défaisant l’association entre langue et identité. Le groupe s’adresse ainsi à la fois à une communauté immigrante locale (d’abord haïtienne, mais également pluriethnique et racisée) qu’il québécise, et à une communauté québécoise élargie qu’il pluralise. Le rap permet en outre à ses membres de faire entendre leurs voix individuelles distinctes, notamment grâce à des usages différenciés de la palette plurilingue du groupe. Ce faisant, ce sont les notions même d’appartenance et de communauté que Muzion se trouve à refaçonner, à l’encontre de toute forme d’homogénéisation, de figement ou de stéréotype.
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The documentary Show Girls, directed by Meilan Lam, makes an unprecedented contribution to the history of jazz and Black women jazz dancers in Montréal, Quebec, and to the conversation of jazz in Canada. Show Girls offers a glimpse into the lives of three Black women dancers of the 1920s–1950s. This essay asks what the lives of Black women dancers were like and how they navigated their career paths in terms of social and economic opportunities and barriers. I seek to better understand three points: (1) the gap in the study of jazz that generally excludes and/or separates dance and singing from the music; (2) the use of dance as a way to commercialize, sell, and give visual and conceptual meaning to jazz; (3) the importance of the Black body and the role of what I would define as “Afro- culture” in producing the ingenious and creative genre of jazz. My study suggests there is a dominant narrative of jazz, at least in academic literature, that celebrates one dimension of jazz as it was advertised in show business, and that bringing in additional components of jazz provides a counternarrative, but also a restorative, whole and more authentic story of jazz and its origins. More specifically, by re- exploring jazz as a whole culture that relies on music, song, and dance, this essay explores three major ideas. First, Black women dancers played a significant role in the success of jazz shows. Second, they articulated stories of self, freedom, and the identity of the New Negro through jazz culture and dance. Third, Black women’s bodies and art were later crystallized into images that further served to sell jazz as a product of show business.
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The 1920s have been touted as the golden era of jazz and Black history in Montréal. Similarly, the decade is well known for the Harlem Renaissance, a key moment in African American art history. Yet this period in Black Canadian art histories remains largely unknown. As a first step toward shedding some light on this period in Black Canadian art history, I propose to use what I term a Black feminist art-historical (bfah) praxis to discuss some visual art practices undoubtedly active alongside well-known jazz musicians and cultural producers in 1920s Montréal. This paper presents an overview of critical race art history and feminist art history, as well as Black feminist approaches to visual representation, to outline what might be considered four tenets of bfah praxis. Applying these tenets, I propose that a new art history may emerge from well-known art objects and practices as well as lesser-known ones. I posit that through a deliberately bfah approach, new meanings emerge and the voices of Black women, even when obstructed by mainstream white narratives, may begin to stand out and shed light upon a variety of histories. This praxis aims to underline the subtext lurking at the edges of these images and to make intangible presences visible in the archive and in art history. I propose bfah as a strategy for more nuanced discussion of the work of Black Canadian artists and histories that have by and large been left out of official records.
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Le blackface minstrelsy, qui a vu le jour dans le nord-est des États-Unis dans les années 1820 et 1830, mettait en scène des artistes blancs, principalement des hommes, qui franchissaient les frontières raciales en imitant des Afro-Américains avec la musique, l’humour et la danse prétendument « authentiques », courants dans les plantations du sud. Dans les années 1860, les Afro-Américains nouvellement émancipés se produisaient également sur scène en blackface. À la fin du XIXe siècle, cependant, les acteurs noirs ne se grimaient plus en noir, mais ils devaient toujours perpétuer les stéréotypes de la plantation. Ces troupes étaient dirigées par des directeurs noirs et blancs qui présentaient leurs spectacles comme « authentiques » et « nostalgiques ». Ces éléments du spectacle de minstrel noir — surtout ses représentations soi-disant « réelles » du Sud des États-Unis et de l’esclavage dans les plantations — ont trouvé un écho auprès du public canadien. Ils constituent donc une autre perspective d’approche — en dehors des politiques d’immigration et Jim Crow de facto — pour expliquer la présence du racisme et de la xénophobie anti-Noirs au Canada à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. En examinant le contenu de la minstrelsy noire, le rôle joué par les directeurs dans ses productions et la promotion dans les journaux, cet article soulève des questions sur l’étendue à laquelle les Canadiens ont été historiquement complices du dénigrement des Noirs.
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Canada has a history of de facto Jim Crow (1911–1954). It also has a historical Black press that is intimately connected to Black America through transnational conversations, and diasporic migration. This article argues that Canada’s Black newspapers played a pivotal role in promoting Black performance during a time when they were scarcely covered in the dominant media. Drawing on news coverage from the 1920s through 1950s of black dance, musicals, and jazz clubs this article examines three case studies: Shuffle Along (1921–1924), the first all- Black Broadway musical to appear at Toronto’s Royal Alexandra Theater, Alberta-born dancer Len Gibson (1926–2008), who revolutionized modern dance in Canada in the 1940s and 1950s, and the Montreal jazz club Rockhead’s Paradise (1928–1980), a pivotal site in the city’s Little Burgundy, a Black neighborhood that thrived in the 1930s through 1950s. The authors argue that when Black people were excluded from and/or derogatorily portrayed in the dominant media, Canada’s Black press celebrated collective achievement by authenticating Black performance. By incorporating Canada’s Black Press into conversations about Jim Crow and performance, we gain a deeper understanding of Black creative output and resistance during the period.
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En mars 2019, Stéphanie Vallet a publié un article dans La Presse portant sur la sous-représentativité des artistes féminines dans le palmarès Billboard « Canadian Hot 100 ». Les résultats de son étude démontrent une forte décroissance de la présence des femmes dans l’industrie musicale canadienne — un écosystème dans lequel les ondes radio continuent de jouer un rôle important quant à la découvrabilité et à la professionalisation des artistes. Cependant, au-delà des questions de genre abordées par Vallet, les enjeux liés à la représentativité des artistes issu·es de la diversité ethnoculturelle et linguistique à la radio doivent également être soulevés. Les théories de « social remembering » (Misztal 2003 ; Strong 2011) offrent un cadre critique pour se pencher sur les « Big Data » compilées par des industries où les femmes et les artistes racisé·es semblent systématiquement désavantagé·es. Dans le but d’entamer le portrait de la représentativité sur les ondes de la radio commerciale au Québec, cet article aborde la représentativité des artistes minorisé·es sur les ondes de CKOI-FM (96.9) de Montréal. CKOI-FM a été choisie non seulement parce qu’il s’agit d’une station francophone « top 40 » (diffusant tous les genres musicaux), mais aussi parce qu’entre 2015 et 2017 elle utilisait le slogan « Changeons le monde un hit à la fois » (Girard 2017) — un message à fortes résonances avec les slogans militants visant la justice sociale. Ce projet offre donc l’occasion d’investiguer la validité des déclarations faites par une radio qui se vante de « changer le monde ». En adoptant une approche féministe intersectionnelle à l’analyse des données appelée « data feminism » (d’après D’Ignazio et Klein 2020), cette étude évaluera les différents taux de représentativité à CKOI-FM parmi les 100 chansons les plus jouées chaque année entre 2010 et 2020 afin de considérer le rôle que jouent les ondes radio dans la formation de la culture musicale populaire au Québec et, par extension, de la mémoire sociale.
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Dans la ville de Québec, la culture hip-hop permet de mettre en lumière les acteurs qui proviennent de milieux défavorisés et de l’immigration. À partir de textes de rap et d’entrevues avec des rappeurs, des entrepreneurs producteurs de hip-hop et leurs proches réalisées dans le cadre d’une recherche ethnographique, j’analyse comment de jeunes immigrants noirs utilisent le hip-hop et l’entrepreneuriat culturel comme une stratégie de contestation et de résistance face à la pauvreté et aux discriminations auxquelles ils sont confrontés. Selon une approche intersectionnelle (Hall,1980a; Crenshaw, 1994; Chauvin et Jaunait, 2015), cette étude met en lumière comment des propriétés originellement marginalisantes (race, lieu de résidence et dispositions sociales) peuvent être converties en des potentiels légitimés.
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Dans la littérature sur la danse exotique de la première moitié du xxe siècle, la danseuse noire apparaît soit comme la victime d’une industrie du divertissement capitalisant sur les mises en scène érotisantes, exotisantes et primitivisantes de son corps, soit comme la parodie subversive du stéréotype dit « primitif-exotique » incarné sur scène. Pour paraphraser bell hooks, le plaisir corporel, voire charnel, lié à la danse est avant tout abordé en tant que réalité à laquelle il faut résister, qui doit être masquée ou transcendée, ce qui force ainsi un processus de distanciation entre le travail artistique de la danseuse et le capital érotique de son corps. Dans cet article, l’auteure s’appuie sur une collection d’entretiens réalisés dans le contexte du travail de recherche ayant mené à la production cinématographique Show Girls: Celebrating Montreal’s Legendary Black Jazz Scene (1999) avec des danseuses qui travaillaient dans l’industrie du spectacle durant l’« âge d’or » du jazz montréalais (1925-1955). Les récits que révèlent ces entretiens permettent d’aller au-delà des questions de représentation dans la littérature sur la danse exotique pour poser un regard sur l’agentivité artistique de ces femmes qui résistent à la désarticulation entre leur travail artistique et le capital érotique de leurs corps.
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Certains membres de la scène des musiques nouvelles souhaitent en décentrer ses racines eurocentriques et en critiquer ses tendances colonialistes. Avant même de discuter des stratégies qui pourraient constituer un cadre décolonisateur, il est utile d’identifier comment la colonialité se reflète dans cette scène. L’auteur, lui-même membre actif de celle-ci, partage des pistes de réflexion portant sur l’homogénéité culturelle du milieu, les questions d’accès, l’héritage de la musique classique, le concept de l’excellence européenne, la présomption d’universalité, la coexistence de statuts de légitimité et de marginalité, la relation ambigüe avec l’appropriation culturelle et les fondements de l’attribution du mérite.
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Réflexion sur la dépolitisation et l’éclaircissement du hip-hop lors de son passage dans la culture de masse.
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Cet article porte sur les rôles que les femmes ont joué dans le développement d’une scène jazz à Montréal. Les archives témoignent de l’importance des pianistes Vera Guilaroff et Ilene Bourne, de l’enseignante de piano Daisy Peterson Sweeney, des enseignantes de danse Olga Spencer Foderingham et Ethel Bruneau, ainsi que des danseuses de variétés dans le développement de la plus grande scène jazz du Canada au cours de la première moitié du xxe siècle. Cet article contextualise la présence des femmes dans ces espaces performantiels précis (le piano, l’enseignement, la danse) et explore les processus historiographiques liés à leur exclusion des récits historiques.
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The Ammanuel Montreal Evangelical Church (amec) is composed of over 150 members of Ethiopian and Eritrean origin. Through the examination of their musical practices, this article analyzes how music is involved in the construction and expression of religious identities in the context of migration. It appears that in borrowing worship music widespread in Ethiopia and in its diaspora, the faithful highlight the "Ethiopianness" of the group, at the expense of the minority Eritrean identity. The author then reveals that each musical parameter conveys different identity facets. If the universality of the Gospel message is expressed through dance and lyrics, the repertoire and its instrumentarium convey the "Ethiopianness" of the congregation, while the rhythms refer to a multi-ethnic Ethiopian imaginary. As for the local identity (Montreal) of the congregation, it is represented by the combination of several hymns borrowed from the stars of Ethiopian Gospel music. Finally, the paper highlights some musical ambivalences of the faithful who, in the context of migration, feel torn between several cultures.
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In the stories recounting the early days of the rap scene in Montreal, actors of Haitian descent were particularly active on the rap scene: this is evident in rap texts, where frequent occurrences of Haitian Creole can be found. Considering this characteristic of Montreal rap, we propose a reflection on the issues around the visibility of Haitian migrants, and descendants of Haitian migrants, in Quebec public space by focusing on the practices and experiences of Montreal female rappers of Haitian descent. In this contribution, which aims at understanding the processes of hegemonization and minoritization at work in the Montreal and Quebec context, we will examine in particular how the vectors of differentiation involving language, “québéquicité” or gender, are manifested and reproduced in the media coverage of artistic productions.
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: Taking Elin Diamond’s and Rebecca Schneider’s recent work in drama and performance studies as a starting point, this essay looks at two eras of burlesque in Montreal—the 1940s-50s and 2012—tracing a shifting landscape of popular entertainment, politics, religion, and social attitudes toward female sexuality. There is a central question underlying this examination: Why burlesque? Why now (or, rather, again?). I argue that burlesque offers an archive that evokes a different, more glamorous history than the one passed down to women by second-wave feminism. Burlesque also provides an alternative to popular culture’s commodification of female sexuality, technology’s mediation of social life, and heteronormative culture’s privatization of sexuality, giving women—and men—a stage on which to make fun of our cultural fixation with sex and the female body. Both nostalgically looking back and eagerly reaching for the new, neo-burlesque repeats the past as it simultaneously reinvents it.
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