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Le 19 août 2020, la soprano Chloé Briot dénonce dans La Lettre du Musicien des agressions sexuelles répétées portées par un collègue chanteur lors de la production de l’opéra L’inondation. Faute d’avoir été entendue et défendue par sa direction, elle annonce encore avoir porté plainte devant la justice française dès le mois de mars de la même année et vouloir ainsi « en finir avec la loi du silence ». Pourquoi l’artiste lyrique n’a-t-elle pas été entendue à plusieurs reprises malgré ses plaintes auprès de ses collègues et de la production ? Dans quelle mesure cette agression sexuelle est-elle symptomatique d’un mode de fonctionnement sexiste plus large du monde de l’opéra français ? Peut-on parler effectivement d’une « loi du silence » dénoncée par la chanteuse ? Si oui, que risquent ceux et celles qui dénonceraient des faits sexistes et des violences sexuelles ?
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This article contextualizes some of the roles that women played in Montreal’s interwar jazz scene. The archives testify to the importance of pianists such as Vera Guilaroff and Ilene Bourne, piano teacher Daisy Peterson Sweeney, dance teachers Olga Spencer Foderingham and Ethel Bruneau, as well as black women performers on the variety stage in the development of Canada’s most thriving jazz scene in the first half of the twentieth century. This article explains why women were drawn to these particular performance spaces (piano, teaching, theatrical dance) and documents the historiographical processes that have led to their marginalization from the historical record.
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Un article de la revue Jeu, diffusée par la plateforme Érudit.
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L’ordinaire est un thème souvent mobilisé dans les études sur les violences de genre. À partir d’un cas d’atteinte sexuelle sur mineure, cet article a pour objectif d’en préciser les enjeux. Il montre en premier lieu que la notion d’ordinaire, qui signifie souvent ce qui est commun à toutes les femmes, gagne à voir son périmètre précisé : dans le cas analysé, le travail artistique, sa dimension vocationnelle, la personnalisation des relations entre professeur et étudiante, les coûts d’entrée dans le métier pour les femmes sont des éléments déterminants. Dans les études féministes, l’ordinaire désigne également les faits de violence qui caractérisent la vie quotidienne des femmes. En distinguant faits, situation et qualification, l’article montre que la qualification de violence implique un sentiment d’anormalité et une réflexivité largement absents dans les situations de violence de genre. Ce hiatus explique l’incertitude souvent inhérente à la qualification de violence et le caractère rétrospectivement énigmatique des situations de violence. L’ordinaire de la violence désigne ainsi moins une évidence occultée qu’un registre de l’expérience où les abus et les agressions sont intégrés dans le cours des choses et normalisés par les protagonistes.
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Que fait #MeToo fait à la lecture, à la critique et à l’enseignement des textes littéraires ? Le mouvement #MeToo a contribué à une large prise de conscience quant aux enjeux linguistiques liés aux violences sexuelles et sexistes : lutter contre de ces violences suppose d’abord de nommer un viol un viol. Mais une telle exigence de désambiguïsation peut entrer en contradiction avec la complexité interprétative valorisée dans le cadre de la lecture littéraire. Elle présenterait par ailleurs le risque d'inviter à lire des textes éloignés de nous dans le temps et l’espace en les évaluant à l’aune de notions et d’une morale contemporaines jugées anachroniques. Prolongeant les réflexions récentes de Gisèle Sapiro (Peut-on dissocier l’œuvre de l’auteur ?) et d’Hélène Merlin-Kajman (La littérature à l’ère de MeToo), cet article étudie la réception du récit de Vanessa Springora, Le consentement (2020). En interrogeant la polarisation des discours critiques et théoriques entre une lecture “féministe” et une lecture “littéraire” parfois présentées comme incompatibles, il pose la question du lien possible entre violences sexuelles et pratiques interprétatives. Il théorise une pratique de lecture soucieuse de contextualiser l’usage des modèles interprétatifs mobilisés dans l’analyse littéraire et de les critiquer en interrogeant les rapports de pouvoir qu’ils dissimulent. Il défend ainsi l’hypothèse que le mouvement #MeToo invite les littéraires à réévaluer leurs pratiques et leurs paradigmes de lecture en fonction de ce qu’ils rendent possible.
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Les enjeux liés aux luttes menées par les personnes trans’ sont une parfaite illustration du fait que la visibilité ne suffit pas et qu’elle peut même parfois se révéler préjudiciable. En effet, depuis quelques mois, la presse, la télévision, la radio s’agitent dès qu’une actualité touche de près ou de loin à la transidentité. Actuellement, les voix des trans’ sont encore trop souvent couvertes par les discours cis’, lesquels tendent également à délégitimer les savoirs produits par et pour des trans’. Il est grand temps de retourner la lunette : au lieu de scruter les personnes trans’ – leur transition –, il est urgent de les lire et de les écouter. Ces expériences-là ont certes des choses à apprendre aux personnes cis’ : bien sûr que l’on comprend mieux ce qu’est le genre face à des personnes qui ont fait l’expérience de quitter celui qui leur a été assigné à la naissance, bien sûr que cela rend plus insupportable encore la rigidité des normes de genre, binaires et arbitraires jusqu’à l’absurde. Mais au-delà de ce que les cis’ peuvent apprendre des trans’ pour mieux se comprendre elles-mêmes et eux-mêmes, au-delà de cette lecture instrumentale, il s’agit désormais de laisser les marges parler. Il s’agit de se concentrer sur les luttes sociales, les revendications portées par les personnes trans’ et les associations, de défendre les conditions matérielles d’existence des trans’, de lutter contre les nombreuses discriminations qui pèsent encore sur elles et eux, y compris contre celles qui limitent drastiquement leur accès aux positions permettant de produire légitimement du savoir, il s’agit de les laisser libres de définir leurs cadres de pensée et la manière dont ils, elles, iels souhaitent parler ou pas de leurs parcours. De les laisser, enfin, écrire leur histoire.